Un dîner qui aurait dû nous réunir Je m’étais levée tôt, motivée, décidée à faire de cette journée un petit moment de bonheur. Deux gâteaux au four, des plats mijotés, notre grande table dressée avec soin… J’avais envie de créer une atmosphère chaleureuse, un refuge où nos enfants pourraient souffler, rire, peut-être même se raconter leurs vies.

Léa, Camille et Théo sont arrivés les uns après les autres, sourire poli aux lèvres, cadeau à la main. De l’extérieur, tout semblait normal. Mais une fois assis, j’ai senti que chacun restait dans sa bulle, pressé, presque distrait. À peine avions-nous échangé quelques phrases que déjà, je les voyais jeter des coups d’œil à l’heure. Pas un verre n’était encore terminé qu’ils parlaient déjà de repartir.

J’ai insisté pour qu’ils restent au moins jusqu’à la sortie du gâteau – le temps qu’il finisse de cuire. Ils ont accepté, mais j’ai bien vu que ce n’était pas par envie. Le dîner, lui, n’a jamais été goûté : mon mari et moi avons mangé les restes pendant plusieurs jours.

Le poids des silences entre frères et sœurs
Ce qui me peine le plus, ce n’est pas seulement leur départ précipité. C’est cette distance nouvelle qui s’est glissée entre eux. Léa et Camille, autrefois inséparables, se parlent à peine aujourd’hui. Leur complicité s’est effilée avec le temps, sans dispute apparente, juste une sorte de mur invisible. Quant à Théo, il semble évoluer dans un univers parallèle, trop occupé pour s’attarder.

En les regardant ce jour-là, j’ai pris conscience que chacun vivait dans son propre cercle, sans vraiment chercher à en sortir. Comment en sommes-nous arrivés là ? Mon mari et moi avons pourtant tout fait pour leur offrir un foyer soudé. Nous les avons aidés financièrement, soutenus dans leurs projets, accompagnés sans jamais trop intervenir. Où avons-nous perdu le fil ?